Commentaire de marché - Décembre 2025

🌏 Conjoncture mondiale - Une croissance résiliente mais en perte de vitesse

La croissance mondiale s’est légèrement affaiblie en fin d’année, tout en restant à un niveau satisfaisant, compris entre 2,5% et 3,0%. Le PMI composite mondial a ainsi reculé de 0,7 point en décembre, à 52, un niveau cohérent avec ce rythme de croissance. Dans ce contexte macroéconomique encore porteur, les marchés actions mondiaux ont progressé de 1,3% en décembre, leur permettant de clôturer l’année sur une hausse proche de 17,0%. Les actions de la zone euro se sont distinguées avec une progression de 24,4% sur l’année, soutenues notamment par les espoirs d’une issue négociée au conflit en Ukraine. Cependant, en arrière-plan de cette bonne tenue des marchés, certains signaux conjoncturels se sont dégradés. Sur le plan économique, le moral des chefs d’entreprise s’est affaibli en fin d’année, traduisant une prudence accrue quant aux perspectives d’embauche. Le ralentissement progressif de l’emploi et la décélération des salaires devraient finir par peser sur les dépenses de consommation des ménages, qui ont jusqu’ici fait preuve d’une certaine résilience. En contrepartie, les dépenses liées à l’intelligence artificielle continuent de jouer un rôle d’amortisseur en soutenant l’investissement. Ces évolutions se reflètent dans une dynamique sectorielle contrastée. L’activité demeure relativement solide dans les services, tandis que la situation reste médiocre dans l’industrie, marquée par une baisse des nouvelles commandes et des arriérés de production, ainsi que par une accumulation des stocks chez les fabricants. L’investissement des entreprises reste globalement robuste malgré un marché du travail plus faible. La consommation demeure atone en Chine et en Europe, mais résiste mieux dans le reste du monde.

🇺🇸 États-Unis - Désinflation progressive, marché du travail fragilisé et Fed accommodante

Aux États-Unis, un des points d’attention des investisseurs a été la publication du rapport sur l’emploi du gouvernement fédéral, retardée par le shutdown Les données confirment un tassement des créations d’emplois et une hausse du taux de chômage à 4,6%, suggérant une normalisation progressive du marché du travail. Sur le front de l’inflation, la dynamique apparaît favorable, avec une inflation globale ressortant à 2,7% et une inflation sous-jacente à 2,6%, toutes deux inférieures aux anticipations. Ces chiffres doivent néanmoins être interprétés avec prudence, les prix des loyers n’ayant pas pu être collectés en octobre et une hypothèse de stabilité optimiste ayant été retenue, ce qui implique des révisions ultérieures attendues en avril 2026. Ces données ont conforté la décision de la Réserve fédérale (Fed) d’abaisser ses taux directeurs et renforcent les anticipations de nouvelles baisses en 2026. Lors de sa dernière réunion, la Fed a en effet adopté un ton jugé plus accommodant qu’attendu. Jerome Powell a mis en avant la fragilisation du marché du travail pour justifier la baisse des taux de 0,25%, tout en soulignant que l’inflation restait encore élevée mais partiellement affectée par des facteurs transitoires liés aux droits de douane. Il a également indiqué que les chiffres actuels de l’emploi surestimaient probablement les créations nettes et n’excluait pas que l’économie américaine ait déjà connu des destructions d’emplois ces derniers mois. Les prévisions de croissance pour 2026 ont cependant été relevées de 1,8% à 2,3%.

L’activité économique américaine reste contrastée. L’industrie demeure en difficulté, comme en témoigne la baisse de l’ISM manufacturier à 47,9 en décembre, son plus bas niveau depuis quatorze mois, tandis que les services restent solides avec un ISM en nette amélioration à 54,4. La croissance est globalement proche de 2,0% hors effets liés au shutdown. La consommation demeure correcte, mais la faiblesse persistante du moral des ménages invite à la prudence. Le contexte reste marqué par plusieurs sources de risque, parmi lesquelles la décision à venir de la Cour suprême sur les droits de douane, la possibilité d’un regain de craintes sur la croissance en cas de nouvelle dégradation de l’emploi, ainsi que les incertitudes politiques entourant la succession de Jerome Powell, sur fond de pressions récurrentes de Donald Trump sur l’indépendance de la Fed.

🇪🇺 Zone euro - Croissance modérée, inflation sous contrôle et discours monétaire plus ferme

En zone euro, les marchés ont été soutenus par des signaux politiques liés au conflit en Ukraine, les déclarations de Volodymyr Zelensky et un optimisme (prudent) de plusieurs dirigeants européens renforçant la probabilité d’une issue négociée. Les actions européennes ont ainsi progressé de près de 3,0% sur le mois. Sur le plan économique, la production industrielle a progressé de 0,8% en octobre, mais les enquêtes PMI de fin d’année délivrent un message plus contrasté. Le PMI composite est retombé à 51,9, reflétant un affaiblissement simultané de l’industrie et des services, et suggérant un ralentissement de l’activité au tournant de l’année.

L’inflation apparaît globalement sous contrôle, avec une inflation totale stabilisée autour de 2,0% et une inflation sous-jacente proche de 2,3 à 2,4%. La nette décélération des salaires plaide en faveur d’une poursuite de la désinflation au premier semestre 2026. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses taux directeurs inchangés et confirmé une stratégie de pause prolongée, tout en relevant ses projections de croissance et d’inflation, en particulier pour 2026. Plusieurs membres du Conseil, dont Isabel Schnabel, ont toutefois adopté un discours plus ferme, estimant que les taux avaient probablement atteint un plancher et laissant entendre que le prochain mouvement pourrait être une hausse, même si celle-ci n’est pas imminente. Sur le plan budgétaire, l’Allemagne a annoncé un volume d’émissions de dette record de 512 milliards d’euros en 2026 afin de financer des investissements massifs dans les infrastructures et la défense, tandis que la production industrielle allemande a surpris positivement. En France, le budget de la Sécurité sociale a été adopté à une courte majorité, mais l’absence d’économies structurelles significatives laisse entrevoir un déficit public supérieur à 5,0% du PIB en 2026. À l’échelle de la zone euro, la reprise du crédit au secteur privé se poursuit, avec une croissance annuelle de 3,4% en novembre, signe d’un environnement financier encore relativement porteur. Par ailleurs, la Commission européenne a assoupli sa trajectoire réglementaire en renonçant à l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 et prépare un plan visant à soutenir le logement abordable, susceptible de bénéficier aux secteurs de la construction et des matériaux.

🇨🇳Chine : stabilisation conjoncturelle fragile et soutien politique prolongé

En Chine, le léger rebond des indicateurs d’activité en décembre témoigne d’une stabilisation progressive après la dégradation observée au second semestre. Le PMI manufacturier est remonté à 50,1, repassant en zone d’expansion pour la première fois depuis avril. L’inflation sous-jacente s’est légèrement redressée, tandis que l’inflation globale demeure faible, l’IPC ressortant à 0,8% en glissement annuel, principalement tiré par les prix alimentaires et non par la demande. L’amélioration de l’indice des prix à la production, supérieur aux attentes, suggère un léger relâchement des pressions déflationnistes. Le commerce extérieur constitue l’un des principaux soutiens de l’activité, avec un rebond marqué des exportations en novembre à +5,7% sur un an, porté par une réorientation des flux vers le reste du monde, et notamment vers l’Union européenne. Les importations progressent plus lentement, confirmant la faiblesse persistante de la demande intérieure. Dans ce contexte, les autorités n’ont d’autre choix que de maintenir un policy mix accommodant et de s’appuyer sur une stratégie plus mercantiliste. En parallèle, les tensions commerciales et technologiques demeurent présentes, tandis que le secteur immobilier reste sous pression, illustré par les projets de restructuration de certains grands promoteurs. Le dynamisme du secteur technologique et de l’intelligence artificielle constitue néanmoins un point de soutien, comme en témoigne le succès récent de l’introduction en bourse de Minimax.